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Des élections et des cinéastes : 4- Avec Moumen Smihi

Propos recueillis par Mohammed Bakrim

« Le cinéma est inexistant dans la pensée et la pratique politiques marocaines, les « priorités » comme on les appelle dans le traitement des problèmes des sociétés du sous-développement faisant que la culture en général est totalement marginalisée en Afrique et dans le Monde arabe »

 

Quelle est votre appréciation de la présence de la politique dans le cinéma marocain ? (Y compris vos films)

C’est le cinéma de Ken Loach qui est politique, il parle d’une grève d’aujourd’hui sans idéologie, sans mélo, sans emphase, et non celui de Costa Gavras, du film « Z » au succès mondial. Le cinéma marocain suit la « grossiereté » du trait de ce dernier plutôt que la nouveauté perspicace du premier.

Il n’y a pas, à ma connaissance, de film arabe politique dans ce sens, sauf peut-être dans les années 60 la comédie de Salah Abou Seif, « Le procès 68 », ou l’adaptation de Kanafani par Tewfiq Salah, « Les Dupes ».

Si une campagne électorale est démagogique, le discours politique est, lui, une science ; je dirais, celle de la lutte des classes, de la distribution des richesses, de la liberté d’expression, des totalitarismes, du climat … et l’art et le cinéma sont plutôt de ce côté là, pas du côté de la ponctualité d’un événement ou d’une échéance politiques.

Le film militant a cependant sa fascination : mais il faut que cela soit un film d’Eisenstein, ou le petit film de Jean Renoir consacré au parti communiste français. Là on note un enthousiasme d’écriture qui dépasse le ponctuel, et donc reste pour toujours.

Mes films ont essayé de se poser ces questions, je crois.

Quel regard portez-vous sur la présence du cinéma dans la politique marocaine ? (Nos politiques font-ils référence au cinéma dans leur discours ? le cinéma est-il suffisamment présent dans l’espace publique…)

On connaît le célèbre mot de Lénine : « De tous les arts, pour nous le cinéma est le plus important». Mais depuis, personne nulle part dans le monde n’ose cette invocation.  Le retour de la gauche au pouvoir en 1981, en France,  avait entraîné la consécration à la culture d’un budget important, et notamment au cinéma, parce qu’en France, à gauche en tout cas, il y a l’idée que le pays des frères Lumière doit avoir une politique cinématographique extraordinaire, et c’est le cas, les Français en plus des leurs, ils financent des films du Maroc, de Thaïlande, d’Argentine ou du Tchad. Mais aucun des pays de Ibn Al Haytham n’a ce souci de fierté d’histoire et de patrimoine.

Le cinéma est inexistant dans la pensée et la pratique politiques marocaines, les « priorités » comme on les appelle dans le traitement des problèmes des sociétés du sous-développement faisant que la culture en général est totalement marginalisée en Afrique et dans le Monde arabe

Y a-t-il une personnalité, un fait, un événement, une scène de la vie publique de ces dernières années qui pourrait à votre avis inspirer un scénario pour le cinéma ?

Oui beaucoup de sujets et thèmes : «IER- Instance Equité Réconciliation». Un documentaire-entretien sur « Abderrahman Youssoufi » (L’entretien avait été réalisé avant le décès du leader de la gauche marocaine). La grève de 2016 à l’université Dhar Mehrez de Fès. Les scissions politiques et syndicales des dernières années. Le mystère Cheikh Yassine. Grandeur et misère de « la révolution arabe ».

S’il y a une revendication, une grande réforme, une requête à présenter aux futurs parlementaires (une seule)… elle serait laquelle ?

Créer, généraliser, étendre à des millions de gens, et surtout les jeunes, un RMI revenu minimum d’insertion ou RSA revenu de solidarité active, formules qui ont remplacé la vieille idée révolutionnaire de distribution de la terre aux déshérités, adaptées au Maroc (et aux Arabes).

Propos recueillis par Mohammed Bakrim

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