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El HASSAN AISSE : COVID-19  ET SES IMPACTS SOCIO-ECONOMIQUES

Pr: El Hassan AISSE , Interrogé par Said EL HIYAK//

Sans doute, le monde entier souffre de la crise économique imprévue entraînée par la pandémie covid-19.
* Peut-on savoir vos approches concernant les mesures prises par la comité de la veille économique pour la stabilité du marché local.
* Quel impact de la propagation du covid-19 sur le plan macro-économique national et social… ?
* Comment on peut sortir de cette crise économique critique..?
* À quel point nôtre structure économique sera à l’abri des futures conséquences négatifs entraînées par covid-19.. ?

INTRODUCTION:

les suites de la crise du Covid-19 seront tous azimuts. Elles le sont déjà. Elles n’ont épargné ni région du globe, ni secteur. l’économie mondiale est devenue fortement mondialisée, sous l’effet de la délocalisation de la production et de la globalisation des échanges. Les flux des hommes, des marchandises et des capitaux n’ont plus de frontières. Les effets du Covid-19 seront particulièrement profonds, douloureux, durables . Ils conviennent que ces répercussions se traduiront par une grande récession économique.Les premières prémisses de celle-ci apparaissent déjà au niveau du secteur secondaire et du secteur tertiaire, y compris les professions libérales. Elles retentissent tant sur le secteur officiel que sur le secteur informel et la perte de confiance a sérieusement gagné les marchés de capitaux et de valeurs mobilières.
Si la crise du Covid-19 ne fait que commencer, son impact économique se fait déjà sentir. Personne ne sait quand la situation «se normalisera».
L’impact de cette pandémie à l’échelle mondiale, régionale et nationale demeure très difficile à cerner, mais apparaitra probablement à tous les niveaux et notamment sur les plans économique, financier et social. Quant à la reprise économique, elle nécessitera partout beaucoup de temps et ne pourra être que progressive.
Elle ne sera vraisemblablement pas possible sans des programmes d’assistance et de soutien étatiques. Bien plus, cette reprise exigera aussi et surtout la conjugaison des efforts de l’ensemble des acteurs du système (pouvoirs publics, opérateurs économiques, banques, compagnies d’assurance et société civile). Le maître mot étant la solidarité.

CAS DU MAROC:

Le Maroc n’échappe pas à la règle. L’analyse des derniers indicateurs conjoncturels disponibles, quoique provisoires, a permis de révéler que le comportement des différents secteurs de l’économie marocaine, face à la crise sanitaire, n’a pas été homogène. En effet, certaines branches d’activité, particulièrement celles qui dépendent de la demande étrangère, ainsi que celles à l’arrêt, par décision des pouvoirs publics, ont été lourdement impactées, alors que d’autres l’ont été à des niveaux plus ou moins déplorables..L’opinion publique internationale a salué les mesures proactives prises par le Maroc pour anticiper les effets de la pandémie. Ces mesures, qui sont déclinées sur la base d’un plan d’action intégré, sont nombreuses et se situent dans plusieurs domaines. On peur en citer notamment :
La création du Comité de Veille Economique (CVE) : Cette cellule interministérielle, placée sous la présidence du ministre chargée des finances, a été chargée du suivi des répercussions économiques de l’épidémie Covid-19 et de la définition des mesures à prendre en vue d’en atténuer l’impact. Les principales mesures prises par le CVE se résument comme suit :
– Indemnisation de 700 000 employés salariés en arrêt d’activité et déclarés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Ce personnel peut également bénéficier du report du remboursement des échéances des crédits bancaires, jusqu’au 30 juin 2020. Des mesures de soutien et d’aide ont été aussi prises à l’adresse des ouvriers et artisans du secteur informel ;
– Pour les PME, TPME et les professions libérales en difficulté: Suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin 2020 ; mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires jusqu’au 30 juin, sans paiement de frais ni de pénalités ; activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement octroyée par les banques et garantie par la CCG ; Possibilité du bénéficie d’un report du dépôt des déclarations fiscales jusqu’au 30 juin 2020 pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 20 millions de DH ; Suspension des contrôles fiscaux et des ATD jusqu’au 30 juin 2020.
Mise en place d’un crédit à taux zéro pour les auto-entrepreneurs impactés par la crise du Covid-19, pouvant atteindre un montant de 15.000 dirhams.
La Création d’un fonds national de solidarité pour la gestion de l’épidémie : Ce fonds est dédié à la gestion de la pandémie du Covid-19. Doté d’un montant initial de 10 milliards de dirhams, imputé sur le budget général, ce fonds sera consacré à la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir dans l’urgence.
Il servira aussi au soutien de l’économie nationale, à travers une batterie de mesures qui seront proposées par le gouvernement et par le CVE, notamment en termes d’accompagnement des secteurs touchés par la crise sanitaire. Le fonds interviendra aussi en matière de préservation des emplois et d’atténuation des répercussions sociales de cette crise.
Le montant total des dotations, cotisations et participations de l’Etat de l’ensemble des organismes publics et privés, y compris le grand public, avoisinerait au 20 avril 2020, les 37 milliards de DH.
La pandémie du Covid-19 aura été l’occasion pour le Maroc de divorcer avec certains complexesà savoir :
– Penser à bâtir le nouveau modèle de développement sur une vision plus sociale de l’économie, à donner une nouvelle impulsion au secteur de la santé, aux activités génératrices d’emploi et de revenus (PME, PMI, TPE et start up et auto-entrepreneuriat) et à l’éducation nationale, parents pauvres des politiques publiques.
– Prendre conscience de la nécessité de repenser la politique de désengagement systématique de l’Etat, particulièrement dans les secteurs à vocation sociale. Les modes de gestion actuels, donnant plus de pouvoirs aux marchés qu’à l’Etat, se sont traduits par des dysfonctionnements et des dérapages manifestes. Il est temps d’opter pour une nouvelle forme d’interventionnisme étatique, plus intelligent, pour une meilleure dynamique à travers les instruments budgétaire et fiscal notamment. Le temps est aussi à une régulation étatique plus appropriée des marchés, dominés par les cartels, les monopoles de fait et les pratiques anti-concurrentielles.
– Pour le commerce extérieur, prôner un certain protectionnisme pour relancer l’industrie locale. Donner, autant que possible, la priorité à la production nationale et à la souveraineté économique. Etant donné les limites des exportations nationales, les flux d’importations massifs, outre qu’ils amenuisent nos réserves en devises, aggravent les déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements, ainsi que le taux d’endettement. L’excès d’importations inhibe aussi notre capacité d’entrepreneuriat et accentue notre dépendance via à vis de l’étranger.
– Le budget de l’Etat (loi des finances), tout comme ceux des EEP et des collectivités territoriales, ne doivent plus être considérés comme de simples actes de prévision et d’autorisation de crédits. Ils devraient traduire la déclinaison technique des politiques publiques et sectorielles et constituer un moyen décisif, pour élaborer des choix économiques plus judicieux, sur la base de programmes pluriannuels de développement inclusifs, cohérents et intégrés.
– L’outil fiscal n’est pas du reste. Il doit moduler sa fonction de simple pourvoyeur de fonds à l’Etat et renouer avec la plénitude de ses fonctions classiques. La fiscalité est censée constituer un instrument privilégié au service de l’Etat, en vue d’encourager certaines branches d’activité créatrices de richesses et de valeur ajoutée.
Sortir de la crise, relancer l’économie et poursuivre le développement durable
Ceci n’est pas une recette mais en guise de conclusion, nous estimons que le gouvernement marocain se doit d’abord de mettre en place une politique économique et sociale de cohabitation avec cette épidémie qui risque, à Dieu ne plaise, de durer et ensuite de prévoir une sortie de crise, et pourquoi pas une nouvelle relance de l’économie nationale.
À cet égard, comme l’issue de la crise sanitaire n’est pas en vue dans l’immédiat, la stratégie de lutte contre le coronavirus gagnerait à préconiser un confinement assoupli, mais appliqué avec rigueur. Tout en multipliant les tests de dépistage et les rendre obligatoires pour tous les personnels de la santé, pour tous les agents d’autorité, pour tous les membres des comités de vigilance ainsi que pour tous les routiers, et autres salariés et commerçants bénéficiant de dérogation, il faudrait encourager les médecins, pharmacologues et scientifiques qui recherchent un traitement, comprimés notamment, à même de contenir le COVID_19.
Tout en maintenant, une distance sociale, avec le port obligatoire du masque et les mesures d’hygiène et stérilisation, certaines activités économiques devraient reprendre. Un comportement social de cohabitation avec le virus devrait être adopté.
Concernant la relance économique, il faudrait accompagner financièrement, administrativement et juridiquement les PME, seules garantes de la création des emplois. Ceci doit se faire loin des mauvais comportements, qui nous ont coûté cher, comme la bureaucratie, le népotisme, le clientélisme, la gabegie et l’incompétence ou encore la fraude et l’impunité des fraudeurs. Seule une gestion rationnelle et un contrôle rigoureux et l’application de la loi, loin de toute malversation, mèneraient notre économie et partant notre société à bon port. Avec la volonté politique et la primauté de l’intérêt général, qui rompraient avec les calculs mesquins les ressources humaines et matérielles dont dispose notre pays, nous permettront sûrement de sortir du tunnel et de poursuivre notre développement.
Après la pandémie de la Covid 19, le monde sera très différent de ce qu’il est actuellement : hausse du chômage, dégringolade de plusieurs catégories socioprofessionnelles et faillite de milliers d’entreprises, chute de la croissance économique, déclin du PIB aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Tous ces indicateurs sont les prémices d’une crise économique et sociale sans précédent que le monde n’a vécu depuis les années 30 du siècle dernier. La situation ne devrait pas retourner à la normale dans les brefs délais du fait que la conception d’un vaccin prendra plusieurs mois. Plusieurs précautions doivent être prises en matière de déplacement, de shopping ou pour les services de loisir ce qui impactera les chaînes de production et d’approvisionnement. Un constat qui accélérera la création de nouveaux modèles économiques prenant en considération les risques sanitaires et épidémiologiques. Les activités de télétravail, les achats online, les services numériques prendront le relais à la place des modèles conventionnelles.
Le Maroc ne fait pas l’exception, la cartographie de la pauvreté devrait s’élargir pour atteindre la classe moyenne qui est le moteur de la consommation entraînant en cela une hausse du chômage et un recul des activités économiques liées au secteur du tourisme, de loisir ou de voyage d’une façon significative. Les partenaires historiques du Maroc (France, Espagne et les pays de l’UE) sont fortement impactés par la crise sanitaire devenue économique. Le Royaume ne peut compter sur eux pour assurer ses exportations, drainer des investissements ou attirer des touristes qu’après quelques années. Les effets pervers sur l’agriculture, l’industrie, le tourisme et les services au niveau national seront nettement visibles. Les effets de ces dégâts peuvent être évalués quelque temps après la fin de la pandémie.
Cela aura un impact majeur sur les indicateurs macroéconomiques. L’endettement devrait grimper avec un coût tiré vers le haut tant que les fondamentaux s’approchent des seuils critiques. Le déficit public, celui de la balance commerciale ou de paiement s’inscriront eux aussi dans des tendances haussières. On notera à cet égard une forte pression sur les réserves de devises surtout avec le ralentissement du tourisme ou des transferts des MRE. Il est difficile actuellement d’évaluer ces manques à gagner.
Sur le plan sociologique, on note le retour de la place de la famille dans la société après des années de recul au profit de l’individualisme du domaine public ou de l’espace virtuel. La réinvention du rôle de la famille devrait se faire à travers la présence de canaux numériques entre les individus. Un nouveau mode social verra le jour faisant un mixage entre les valeurs traditionnelles et les interactions  numériques où il est possible aux individus de trouver refuge en ces temps de confinement et aussi après la crise. Ce concept existait auparavant mais actuellement il a pris plus d’importance à travers l’utilisation de l’espace numérique dans un cadre familial.
La redéfinition de la place de l’État après son retrait partiel pendant des décennies au profit des individus et des groupes sociaux est l’autre effet sociologique de la pandémie. La gestion du confinement, de la crise économique et des mesures de lutte sanitaire relève exclusivement des institutions publiques avec la bénédiction de la quasi totalité de la société. La résistance face aux décisions politiques des institutions de l’Etat qui était auparavant monnaie courante, devient actuellement marginale et rejetée par la société et l’Etat. Certains redoutent le retour de l’Etat autoritaire. Mais je pense que ce scénario est à écarter. Il est pertinent de renforcer le rôle de l’Etat en matière d’encadrement des citoyens mais en même temps en redéfinissant le rôle des institutions comme les partis et le parlement qui connaissent une véritable crise avant le Covid-19 et après.
La question qui se pose actuellement pour la société marocaine :
Quel modèle de développement nous voulons pour le Maroc de l’après Covid-19 ?
Est-ce que nous allons toujours s‘appuyer sur nos partenaires historiques ou nous allons ériger les bases d’une économie nationale basée sur la consommation intérieure et l’industrie avec le soutien d’une classe moyenne forte. Tout cela afin d’être en mesure de faire face à la mondialisation et les aléas extérieurs y compris les pandémies comme le Covid-19 ? Tout le monde privilégiera la réponse par l’affirmatif pour la dernière question.
Mais cette option nécessitera un courage politique et une clairvoyance stratégique avec une capacité de suivi et d’observation. Il est question d’encourager la recherche scientifique, l’innovation et l’économie du savoir comme moteurs essentiels de l’économie. Il est pertinent de revoir le système fiscal national pour être plus juste permettant une répartition équitable des richesses afin de lutter contre la pauvreté et d’élargir la classe moyenne. Par ailleurs, il faut noter que le mode de gouvernance nécessite une profonde réforme pour qu’il soit plus clair afin de préciser les rôles et les responsabilités dans le cadre de l’esprit de la reddition des comptes et du contrôle. Enfin, il est primordial de mettre en place les jalons d’une économie solidaire basée sur la production collective et le produit local et du terroir, les plateformes d’échanges numériques et non numériques locales sur la base d’une utilisation durable des ressources et des énergies, le développement des compétences locales dans le cadre d’un système, culturel, intégré, solidaire et durable.

EL HASSAN AISSE
* Ex. professeur de gestion des entreprises / OFPPT.
* Formateur accrédité par L’OIT (Organisation internationale du travail/ Genève -Suisse)

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